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Les cafés viennois où l'on revient toujours

Les cafés viennois où l'on revient toujours

Il y a une qualité particulière dans la lumière d’un café viennois à 10h00 un mardi matin — les journaux sur leurs supports en bois, le marbre du plateau de table, le Melange arrivant dans sa petite tasse avec son verre d’eau, et la compréhension tacite entre le client et le garçon que cette table est à vous pour la durée que vous souhaitez. Personne ne presse personne. Personne ne vient vérifier si vous avez besoin de quelque chose. Le café est l’essentiel et en même temps n’est pas l’essentiel.

J’ai passé des semaines cumulées dans les cafés viennois au cours des quatre dernières années, pas toutes de manière productive. Voici un compte rendu honnête de ceux qui m’y font revenir.

Café Hawelka : celui que le temps a ignoré

Dorotheergasse 6, 1er arrondissement. Ouvert en 1939, tenu pendant des décennies par Leopold et Josefine Hawelka, maintenant par leurs petits-enfants. Rien n’a été rénové. Les murs sont sombres de décennies de fumée de cigarette (la cigarette est maintenant interdite, mais les murs ont conservé l’histoire). Les chaises sont les chaises d’origine. Les manteaux sont suspendus aux crochets d’origine. Les journaux sur leurs supports en bois sont les quotidiens autrichiens et allemands, et les gens les lisent vraiment.

Leopold Hawelka est mort en 2011 à l’âge de 100 ans. Sa femme Josefine est morte en 2005, également dans la nonantaine. Pendant cinquante ans, ils ont tenu le café comme un salon pour artistes, écrivains, architectes et personnes politiquement inconvenantes — Friedensreich Hundertwasser, Oskar Kokoschka, Arthur Miller et Andy Warhol se sont tous assis ici. Les Buchteln (brioches sucrées fourrées à la confiture de prunes) arrivent à 22h00 chaque soir ; si vous êtes là assez tard, commandez-en.

Un Großer Brauner (double expresso avec un petit pot de lait sur le côté) coûte 4,20 €. Pas de matcha. Pas de lait d’avoine. Pas de spéciaux saisonniers. C’est ce qui en fait l’endroit qu’il faut.

Café Central : le célèbre qui le mérite

Herrengasse 14, 1er arrondissement. Touristique, oui. Cher selon les standards locaux (Melange à 6 €, Gulasch à 18 €). Aussi la plus belle salle de Vienne qui ne soit ni un palais ni un musée.

L’ancien Palais Ferstel était la Bourse de Vienne avant de devenir ce café en 1860. Le plafond voûté s’élève sur trois étages ; les arcs jaillissent de colonnes corinthiennes ; l’entrée principale sur la Herrengasse accueille un petit orchestre de chambre les après-midis du week-end. Léon Trotsky y jouait aux échecs avant de retourner en Russie faire l’Histoire. Adolf Loos s’y asseyait. Il y a une poupée de Peter Altenberg (le poète bohème qui faisait du café son adresse postale) à une table près de l’entrée.

Manger le Tafelspitz (bœuf bouilli en bouillon) au Café Central, sous ces voûtes, est le déjeuner viennois inaugural qui convient. Peu importe qu’il y ait des touristes à la table voisine. Vous êtes aussi un touriste.

Café Landtmann : celui du Ring

Dr.-Karl-Lueger-Ring 4, 1er arrondissement. En face du Rathaus, face au Burgtheater. L’adresse habituelle de Sigmund Freud. Le Landtmann n’a jamais vraiment quitté le XIXe siècle et n’a aucune intention de le faire.

Les pâtisseries sont exceptionnelles — l’Apfelstrudel est fait maison et visible à travers la vitrine, le Punschkrapfen (la fantaisie rose au rhum de la pâtisserie viennoise) est réalisé correctement. Le Melange ici est régulièrement le meilleur des trois grandes (Sacher, Central, Landtmann) ; la qualité du café a été fiable à chaque visite.

Je préfère Landtmann au Café Sacher pour le café, et au Café Central pour le déjeuner. Sa position — sur le Ring, avec la tour du Rathaus visible et l’arc du Burgtheater en face — en fait le meilleur café pour regarder Vienne s’acquitter de ses affaires civiques.

Café Bräunerhof : la table de Thomas Bernhard

Stallburggasse 4, 1er arrondissement. Au coin du Kunsthistorisches Museum, dans une ruelle latérale que la plupart des touristes ne parcourent pas. Thomas Bernhard a écrit à ces tables pendant vingt ans. Le mobilier n’a pas été touché depuis la mort de Bernhard en 1989 ; sa table préférée n’est ni signalée ni commémorée, ce qui est comme il l’aurait voulu.

La salle est petite, patinée et extraordinaire. Le café est sérieux. L’Apfelstrudel vient de la boulangerie au coin de la rue et arrive chaud. Les journaux incluent la Neue Zürcher Zeitung et la Süddeutsche Zeitung, ce qui en dit long sur la clientèle.

Je viens ici à chaque séjour viennois, l’après-midi où je veux lire quelque chose de difficile. L’atmosphère s’y prête.

Café Phil : le café de quartier

Gumpendorfer Strasse 10–12, 6e arrondissement. Pas un café viennois traditionnel — c’est la version du 7e arrondissement, avec des livres en vente sur les murs, des vinyles sur des platines, et une carte qui s’étend au vin et aux petits plats le soir. Le café est excellent ; la clientèle est la classe des jeunes professionnels et créatifs des arrondissements intérieurs ouest de Vienne.

La raison pour laquelle Café Phil figure dans cette liste, c’est qu’il représente ce à quoi ressemble la culture du café viennois quand elle est vivante plutôt que préservée. La tradition de passer du temps significatif dans un café, à lire, travailler ou ne rien faire de particulier — elle est vivante au Café Phil d’une façon qui n’a rien à voir avec le tourisme.


La visite gastronomique autrichienne avec dégustation au café viennois couvre la tradition du café viennois correctement, notamment la signification des différents types de café et pourquoi le verre d’eau est apporté automatiquement. Notre guide des cafés viennois détaille tout ce qu’il faut commander et comment se comporter (en bref : lentement, et sans se presser ni s’en excuser).