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Sisi : le mythe et le musée — ce que la vraie Élisabeth révèle

Sisi : le mythe et le musée — ce que la vraie Élisabeth révèle

La Sisi que la plupart des visiteurs viennent voir à Vienne n’existe pas vraiment. Elle est un personnage composite — en partie l’impératrice Élisabeth d’Autriche (1837–1898), en partie le personnage incarné par Romy Schneider dans les trois films Sissi des années 1950, et en partie l’immense industrie touristique des Habsbourg qui s’est construite sur les deux depuis soixante ans. Le portrait sur les boîtes de chocolats, sur les épinglettes souvenir à 1 €, sur les découpages en carton grandeur nature dans la boutique du Hofburg — toutes ces images dérivent du portrait de Franz Xaver Winterhalter peint en 1865, représentant une femme de 28 ans en robe de bal blanche avec des étoiles dans les cheveux.

Le musée du Hofburg tente de faire quelque chose de différent. Il y réussit en grande partie.

Ce que contient le Musée Sisi

Le Musée Sisi occupe 21 salles au premier étage de l’aile Amalienburg du Hofburg. Il a ouvert en 2004 dans le but délibéré de présenter l’Élisabeth historique plutôt que le personnage du film — un choix curatorial à la fois plus honnête et, comme il s’est avéré, plus intéressant commercialement que de se contenter de surfer sur la mythologie Schneider.

La première salle confronte le visiteur aux deux versions : le portrait de Winterhalter sur un mur, le matériel promotionnel des films Schneider sur un autre, et un texte explicatif qui rend l’écart explicite. C’est une pratique curatoriale inhabituellement honnête pour une grande attraction touristique, en particulier celle qui est partiellement entretenue par le mythe qu’elle entend déconstruire. Le choix d’ouvrir sur la contradiction plutôt que de l’occulter est la décision éditoriale la plus intéressante du musée.

Ce qui suit est un musée d’objets précis qui résistent à toute sentimentalité :

L’équipement de fitness d’Élisabeth — les anneaux muraux, les haltères, les barres horizontales qu’elle avait fait installer dans ses appartements au Hofburg, parce qu’elle refusait de perdre le tour de taille de 50 centimètres qu’elle maintenait tout au long de sa vie adulte grâce à une combinaison d’exercice obsessionnel et de régime frôlant l’inanition. L’équipement est présenté sans commentaire qui pourrait l’adoucir. Il ressemble à ce qu’il est : le kit d’un trouble alimentaire maintenu sur des décennies par une femme assez puissante pour imposer ses obsessions à son propre environnement domestique.

Sa pharmacie de voyage — préparée et remballée pendant des décennies de déplacements à travers l’Europe. Elle ne partait jamais sans elle, car elle passa la majeure partie de sa vie adulte en transit, toujours en mouvement. Elle était à Madère, à Corfou (elle y fit construire un palais, l’Achilleion, nommé d’après son héros favori), en Hongrie, en Bavière, dans les comtés de chasse anglais. Le mouvement était, apparemment, la seule façon pour elle de survivre à son rôle. La pharmacie est le résidu physique de cette agitation.

Son dictionnaire grec et ses notes de langue — elle s’enseigna le grec ancien et moderne à un niveau qui impressionna des philologues professionnels, en partie pour la satisfaction intellectuelle que cela lui procurait et en partie parce que cela lui donnait quelque chose que la cour autrichienne ne pouvait ni suivre ni s’approprier. Elle traduisit de la poésie grecque. Elle correspondit avec un helléniste hongrois. Elle lut Homère dans le texte original. Le dictionnaire dans la vitrine est usé aux pages qu’elle consultait le plus souvent.

Sa poésie personnelle — les journaux intimes qu’elle tint et ne publia jamais, remplis d’écrits tour à tour furieux, drôles et désespérés. Sur la cour. Sur ses enfants et les contraintes impossibles de leur éducation. Sur François-Joseph, qu’elle ne pouvait haïr parce qu’elle le comprenait trop bien. Sur le rôle d’impératrice, qu’elle décrivit en des termes qui n’auraient pas déparé dans une critique féministe du XXe siècle des rôles de genre institutionnels.

Les robes

Plusieurs robes d’Élisabeth sont conservées dans la collection, et elles rendent la mesure de la taille tangible d’une façon qu’un chiffre seul ne peut pas. Cinquante centimètres : joignez les mains avec les pouces et les majeurs qui se touchent et vous avez la circonférence approximative. La robe exposée a une taille si étroite qu’elle ne ressemble pas à un vêtement de femme adulte. À côté, les relevés de régime : les calendriers d’inanition, les jeûnes au jus d’orange, le « bouillon de bœuf » — un bouillon léger dont elle se nourrissait pendant des périodes prolongées — et les journaux de mesures obsessionnels.

La combinaison de la robe et des relevés de régime est la confrontation la plus directe du musée avec la réalité que cache le portrait de Winterhalter. Le tableau montre la beauté ; la robe montre le prix.

Ce qu’argumente le musée

L’argument curatorial du Musée Sisi est qu’Élisabeth était une femme qui utilisa tous les outils à sa disposition — sa beauté reconnue, son intelligence formidable, sa position sociale et politique, ses voyages constants, ses études de langues, son équitation — pour résister à un rôle qui était véritablement impossible. Elle était l’impératrice d’Autriche et reine de Hongrie, et elle exerça ces deux titres aussi rarement qu’elle put l’arranger.

Sa relation avec la Hongrie est le fil le plus politiquement intéressant de la collection. Elle apprit le hongrois — couramment, selon le témoignage de contemporains en mesure d’en juger — et portait des tenues hongroises lors des occasions de la cour autrichienne, ce qui fut correctement interprété comme une déclaration politique. Elle soutint activement les intérêts hongrois lors des négociations sur l’Ausgleich (le Compromis de 1867 qui créa la double monarchie austro-hongroise), et sa relation personnelle avec l’establishment politique hongrois — notamment avec le comte Gyula Andrássy, le Premier ministre hongrois, avec qui elle entretenait des liens étroits sinon ambigus — donna au camp hongrois un levier diplomatique qu’il n’aurait pas eu autrement.

Les Hongrois comprirent qu’elle était de leur côté. Ils la vénèrent encore, d’une façon qui a survécu à la vénération de la plupart des autres territoires des Habsbourg. Le palais de chasse de Gödöllő aux portes de Budapest, où elle passait autant de temps que le permettaient les exigences de Vienne, est entretenu en partie en mémoire d’elle. La cour autrichienne, quant à elle, ne parvint jamais tout à fait à décider si son attachement à la Hongrie était une trahison ou simplement une excentricité.

Elle fut assassinée à Genève le 10 septembre 1898 — poignardée avec une lime à ongles aiguisée par Luigi Lucheni, un anarchiste italien qui avait décidé de tuer une personne célèbre et trouva l’Impératrice en train de se promener au bord du lac avec une dame de compagnie, en route vers le bateau au quai du Mont-Blanc. La blessure était si précise — la lime si aiguisée, le coup si rapide — qu’elle ne sut pas qu’elle avait été poignardée avant de s’effondrer sur la passerelle. Elle mourut quatre-vingt-dix minutes plus tard, rapporte-t-on, sans encore comprendre ce qui s’était passé.

François-Joseph, qui l’avait aimée avec une constance qu’elle ne put ni pleinement accepter ni tout à fait rejeter pendant 44 ans de mariage, fut informé par télégramme à Schönbrunn. On rapporte qu’il dit : « Personne ne sait combien j’aimais cette femme. » C’est l’une des phrases impériales les plus poignantes du registre historique.

Pourquoi le musée est important

Le Musée Sisi est meilleur que la plupart des musées de palais précisément parce qu’il accepte que la personne dont il garde la mémoire n’était pas un conte de fées. Les anneaux de gymnastique ne sont pas romantiques. Les relevés de régime sont dérangeants. Le dictionnaire grec est remarquable. La lettre qu’elle écrivit à sa fille Marie Valérie, expliquant qu’elle n’avait jamais voulu être impératrice — n’avait jamais voulu rien de la vie qu’on lui avait arrangée à quinze ans quand François-Joseph la vit à Bad Ischl et décida qu’elle ferait l’affaire — est bouleversante, et elle est dans la vitrine, et on peut rester là à la lire.

La visite guidée du Hofburg et du Musée Sisi donne à ce matériau le contexte narratif dont il a besoin — un guide compétent établit explicitement les liens entre les objets, explique les circonstances politiques qui ont façonné ses décisions aux moments clés, et livre l’histoire d’une façon que les cartels de salle seuls ne parviennent pas tout à fait à atteindre. Le musée est bien en visite autonome ; avec un guide, il devient véritablement éclairant.

La version de Sisi par Romy Schneider — l’ingénue aux cheveux d’or, le mariage romantique, la cour de conte de fées — se trouve dans quelques boutiques de souvenirs à la sortie si vous le souhaitez. Le musée lui-même se trouve au Hofburg, et il vaut considérablement plus que le temps que la visite typique lui consacre. Élisabeth était difficile, brillante, auto-destructrice, politiquement importante, et absolument rien de ce que la série de films laisse entendre. Le musée le sait, et le montre.